Droits de succession à La Réunion : ce que coûte vraiment la transmission de la maison familiale
Yann Delamotte
Chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 euros sur la part reçue de chaque parent. Au-delà, le barème en ligne directe grimpe de 5 % à 45 %. Une maison de 600 000 euros laissée à deux enfants génère environ 38 200 euros de droits par enfant, à payer en numéraire. Un neveu qui hérite de 200 000 euros paie 55 % après un abattement de 7 967 euros.
Sur quoi les droits se calculent
Les droits de succession frappent la part nette revenant à chaque héritier, après déduction des dettes du défunt. Le taux dépend du lien de parenté et le montant taxable se réduit d'abord d'un abattement personnel.
Deux points surprennent souvent. L'abattement est individuel, donc il se compte par héritier et par parent défunt. Et les droits se règlent en numéraire, dans les six mois du décès pour un déc ès survenu en France, alors que le patrimoine transmis est le plus souvent immobilier.
Les abattements en vigueur
conjoint survivant ou partenaire de PACS : exonération totale de droits de succession
enfant : 100 000 euros sur la part reçue de chaque parent
petit-enfant : 1 594 euros lorsque son propre parent est vivant
frère ou sœur : 15 932 euros
neveu ou nièce : 7 967 euros, ou 15 932 euros en cas de représentation
autre héritier ou personne sans lien de parenté : 1 594 euros
héritier en situation de handicap : 159 325 euros, cumulable avec l'abattement lié au lien de parenté
Le barème en ligne directe
Après abattement, la part taxable de chaque enfant est découpée en tranches : 5 % jusqu'à 8 072 euros, 10 % de 8 072 à 12 109 euros, 15 % de 12 109 à 15 932 euros, 20 % de 15 932 à 552 324 euros, 30 % de 552 324 à 902 838 euros, 40 % de 902 838 à 1 805 677 euros, 45 % au-delà.
La tranche à 20 % couvre une amplitude très large. Elle absorbe la quasi-totalité des successions familiales réunionnaises, ce qui donne un repère simple : au-delà de l'abattement, comptez environ 20 % pour un enfant.
Pour les frères et sœurs, le barème est de 35 % jusqu'à 24 430 euros et 45 % au-delà. Pour les parents jusqu'au quatrième degré, neveux et nièces compris hors représentation, le taux est de 55 %. Pour les autres, 60 %.
Trois cas chiffrés
Une maison de 300 000 euros, trois enfants
Chaque enfant reçoit 100 000 euros. L'abattement de 100 000 euros absorbe la totalité. Aucun droit n'est dû. La succession coûte les frais d'acte, pas d'impôt.
Une maison de 600 000 euros, deux enfants
Chaque enfant reçoit 300 000 euros, moins l'abattement de 100 000 euros, soit 200 000 euros taxables. Le calcul par tranches donne environ 38 194 euros de droits par enfant, soit près de 76 400 euros pour la fratrie.
Cette somme doit être trouvée en liquide. Quand la succession se résume à la maison, les héritiers empruntent, demandent un paiement fractionné ou vendent. La troisième option est celle qui fait disparaître le bien de famille.
Un patrimoine de 200 000 euros transmis à un neveu
L'abattement est de 7 967 euros. La base taxable ressort à 192 033 euros, taxée à 55 %, soit environ 105 618 euros de droits. Le neveu reçoit moins de la moitié.
Cette situation concerne toutes les personnes sans descendance qui veulent transmettre à la génération suivante de leur fratrie. Elle se traite mal après le décès et bien avant.
Pourquoi la question se pose différemment à La Réunion
Le patrimoine des familles réunionnaises est majoritairement immobilier, souvent concentré sur un terrain reçu des grands-parents. Les héritiers sont fréquemment dispersés entre l'île et l'Hexagone, ce qui complique la vente comme la gestion. Et le foncier constructible reste contraint, ce qui maintient les valeurs.
Le résultat se répète : une valeur taxable élevée, aucune liquidité en face, et des héritiers qui doivent s'accorder à distance. La sortie d'indivision devient alors le vrai sujet, plusieurs années après le décès.
Les leviers qui se mettent en place du vivant
La donation, renouvelable tous les quinze ans
Les abattements de donation se reconstituent tous les quinze ans entre un même donateur et un même donataire : 100 000 euros vers un enfant, 31 865 euros vers un petit-enfant, 5 310 euros vers un arrière-petit-enfant, 80 724 euros entre époux ou partenaires de PACS.
S'y ajoute le don familial de sommes d'argent, exonéré jusqu'à 31 865 euros, à condition que le donateur ait moins de 80 ans au jour du don et que le bénéficiaire soit majeur. Il se cumule avec l'abattement lié au lien de parenté et se renouvelle lui aussi tous les quinze ans.
Commencer à 55 ans plutôt qu'à 75 ans change l'ordre de grandeur de ce qui passe sans droits.
Le démembrement de propriété
Donner la nue-propriété en conservant l'usufruit réduit l'assiette taxable, la valeur de la nue-propriété dépendant de l'âge du donateur. L'usufruit s'éteint au décès sans droits supplémentaires. Le parent conserve l'usage du bien et les revenus.
L'assurance-vie
Les capitaux issus de primes versées avant 70 ans bénéficient d'une exonération de 152 500 euros par bénéficiaire, puis d'une taxation à 20 % jusqu'à 700 000 euros et 31,25 % au-delà. Pour les primes versées après 70 ans, un abattement global de 30 500 euros s'applique et le surplus rejoint la succession.
Pour une transmission à un neveu, à une nièce ou à un tiers, l'écart avec le barème à 55 % est considérable. C'est l'outil qui change le plus la donne dans les familles sans descendance directe. Les supports en unités de compte ne bénéficient d'aucune garantie en capital et peuvent perdre de la valeur, ce qui doit entrer dans le choix de l'allocation.
La société civile immobilière familiale
Loger le bien dans une SCI permet de transmettre des parts par tranches successives et d'organiser la gouvernance dans les statuts, ce qui évite le blocage propre à l'indivision. Le montage a un coût de création et de fonctionnement, et suppose une comptabilité tenue. Il se justifie selon la valeur et le nombre d'héritiers.
Le coût de ne rien faire
Une succession non anticipée ne coûte pas seulement des droits. Elle coûte des années d'indivision, des relations familiales abîmées, un bien qui se dégrade faute de décision, et parfois une vente à un prix inférieur à sa valeur parce qu'il faut solder vite.
Le chiffrage de ce que paieraient vos héritiers aujourd'hui prend une heure et donne une base de décision. Il se prolonge naturellement par un calendrier de donations et une revue des clauses bénéficiaires. La page transmission détaille la méthode, et vous pouvez la discuter lors d'un premier rendez-vous.
Sources
Service-public.gouv.fr, droits de succession, barème et abattements, mise à jour du 9 février 2026
Service-public.gouv.fr, donations, abattements et don familial de sommes d'argent, mise à jour du 13 mai 2026
impots.gouv.fr, imposition des sommes versées au bénéficiaire d'un contrat d'assurance-vie
Code général des impôts, articles 757 B, 779, 790 G et 990 I
Contenu d'information générale à jour au 20 septembre 2026. Les exemples chiffrés sont des illustrations de calcul et ne constituent pas une recommandation personnalisée au sens de la réglementation applicable aux conseillers en investissements financiers. Toute décision suppose l'examen préalable de votre situation personnelle, patrimoniale et familiale.